Témoignage Nicolas

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Nicolas, 45 ans, divorcé avec deux enfants

J’ai 45 ans, divorcé 2 enfants, bipolaire dit de type 1, voire mixte et épileptique nocturne avec des absences aussi en journée. Je suis hypersensible à certains comportements, cela me déclenche de longue périodes de dépression et maux physiques durant lesquelles, seul, je suis voué à moi-même. J’ai une reconnaissance MDPH depuis 2010 et une RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé, depuis 2012).

J’ai ressenti à l’adolescence que quelque chose en moi n’allait pas. J’ai mis cela sur le coup de cette période de transformation, puis j’ai consulté vers 25 ans un premier psychologue puis un deuxième, etc. Je ressentais des moments de grande joies ou de grandes détresses, d’où 2 TS (Tentatives de Suicide). Je pouvais être très actif dans mes études scolaires, musicales, mon emploi, et y trouver beaucoup de plaisir et en même temps broyer du noir, ceci indéfiniment la nuit, d’où des migraines constantes pendant 4 ans. Parallèlement, j’avais des dépenses régulières pour le téléphone rose.

Étant musicien, il m’est arrivé de faire de grosses dépenses sans réfléchir. Je me suis mis à boire régulièrement, parfois à l’excès. Je n’aimais pas le « tiède », tout devait être chaud ou froid, blanc ou noir, d’où des emportements verbaux sans concession. J’ai vécu avec ma femme 11 ans et elle a été témoin, ainsi que mes enfants, même s’ils ne s’en souviennent pas, de scènes surréalistes. Elle a pris les factures de téléphone rose comme de l’infidélité (je la comprends), et mes autres dépenses nous ont séparés, en plus de paramètres privés.

En 2004, après une autre TS, je fais un dernier achat sans réfléchir et je ne le supporte plus. Mon psychiatre comprend que c’est un achat compulsif, me pose des questions diverses liées à cela et m’oriente vers la Clinique Belle Allée en me nommant ma maladie qui me ronge depuis l’âge de 15 ans au moins : la bipolarité. J’y reste 1 mois, dont une période sous perfusion de Valium. Le traitement est trouvé, je me sens enfin mieux et je reviens chez moi. J’ai eu pendant 5 ans Dépakine et Tégrétol pour l’épilpepsie, ainsi qu’une psychanalyse. Tout allait bien, puis un client au travail m’a posé un problème lié à la manipulation verbale et visuelle, une sorte d’hypnose, à un moment ou j’étais peut-être un peu plus fragile, et là j’ai sombré pendant 4 mois jusqu’à vouloir en finir définitivement.

J’ai été arrêté 9 mois en 2009 dont 5 en hospitalisation. Je suis passé au lithium (Théralithe lp 400 mg) avec ces conditions : prise de poids, troubles digestifs, de la libido, de la thyroïde entre autres. Cela me régule bien, mais en voulant l’arrêter j’ai découvert le manque avec tremblements divers, oppression cardiaques notamment. J’ai connu un autre problème au travail en 2011, qui m’a valu 5 mois d’arrêt en 2012, mais sans aucune envie d’en finir. Simplement l’incapacité de comprendre ce qui m’arrivait et de rebondir. Mon nouveau psychanalyste et le SAMETH45, qui est recommandé par la MDPH lors de problèmes rencontrés au travail, m’aident depuis 1 an.

Je m’oriente vers le travail en milieu protégé en Entreprise Adaptée. Je ne souhaite plus rencontrer ces problèmes. Le médecin du travail cherche la meilleure solution avec la MDPH, mon DRH, la SAMETH45 et moi. Mais le licenciement pour incapacité pointe son nez à grand pas. J’ai décidé d’aller vers le handicap, car ne sachant plus quoi faire au travail devant ces difficultés. Les troubles de l’humeur, la mienne, celles des autres, c’est ma difficulté. J’y suis très sensible. Je suis la plupart du temps dans des grandes périodes d’excitation (la manie) ou de mélancolie (la dépression).

J’ai découvert dernièrement en situation, que dans une grande période de dépression, je pouvais avoir sur quelques heures, des grands moments de manie et vice-versa : je serais donc un bipolaire mixte. Le travail que je fais avec mon psychanalyste m’a permis de comprendre ceci : il n’est pas prouvé que la bipolarité se transmette génétiquement ; il existe des facteurs dits héréditaires, puis il y a tout simplement le fil de la vie. Dans mon cas, l’épilepsie, le fil de la vie, jouent un rôle sur le poids de cette maladie. Le travail fait avec ce psy m’aide à comprendre ce que je n’étais pas capable de saisir avant.

Pour mieux vivre cette maladie, ce handicap, il ne faut pas l’affronter mais faire avec. Vivre le plus sainement possible, sans trop d’excès même si on est comme moi épicurien ; respecter les prises de traitement et les prises de sang, et profiter des moments où on est bien, disponibles à des activités, des projets, disponibles aux gens que l’on aime.