Témoignage Clémentine

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Ne pas perdre sa dignité

Je m’appelle Stéphanie, j’ai 38 ans et j’ai reçu un diagnostic de maniaco-dépression à l’âge de 22 ans. J’ai donc su assez tôt contre quel ennemi me battre. Je suis rapidement passée du déni, à l’acceptation, puis à la phase active. Par chance aussi, je n’ai pas eu à supporter trop longtemps des cocktails médicamenteux inappropriés et handicapants. J’ai rencontré l’équilibre en monothérapie sous lithium, après certes quelques tâtonnements quant au dosage stabilisateur. Ma bipolarité peut s’expliquer d’abord par un terrain familial (père hyperthymique, oncle probablement bipolaire, une arrière-grand-mère « originale »…).

Ensuite, je pense avoir été fragilisée par l’instabilité géographique de mon enfance (nombreux déménagements). Mon côté hypersensible et peu flexible a sans doute joué également dans l’émergence des troubles. Une passion amoureuse (assez unilatérale) a vu naître ma folie. Je m’étais focalisée, littéralement aimantée, sur un garçon à l’adolescence et lorsque des années plus tard, il s’est intéressé à moi, je n’avais plus que lui à l’esprit.

Lorsque je me suis éloignée pour les études, la dépression a fait sa place. Le cercle infernal était lancé. Un semestre d’étude en Angleterre révèle l’autre versant, hypomanie, suivie de manie. Puis encore une fois, la chute juste derrière. Je me souviens d’environ 7 hospitalisations entre 1997 et 2007. En effet, bien qu’ayant trouvé le bon traitement pour moi et que celui-ci me permettait de travailler et d’avoir une vie « ordinaire », un point restait épineux : comment pouvoir accéder à la maternité ?

Par ailleurs, les différentes régions, les 4 coins de la France ne sont pas égaux en matière de prise en charge des troubles psychiques. Il y a de véritables déserts. La question de la grossesse de femmes bipolaires est très mal connue. Je fais les frais de l’incompétence d’un psychiatre sur Orléans, mais c’est surtout un enfant en devenir qui en est la victime. Je perds à 6 mois de grossesse un bébé d’une malformation cardiaque induite par le lithium. C’est le début pour moi d’une transformation essentielle, du positionnement classique de patiente à un rôle de partie prenante. Je deviens peu à peu « experte » de ma pathologie, à force de recherches, de lectures, d‘interventions sur les forums spécialisés, de participations à des conférences, d’implication dans des associations… Je décide de refuser toute fatalité.

En 2007, c’est l’aboutissement, je deviens l’heureuse maman d’un petit garçon. Je peux enfin profiter de tout ce que j’ai semé. Côté professionnel, je suis même recrutée sur un programme de recherche en santé mentale. J’y constate encore malheureusement les difficultés de co-construction entre l’univers médical et ses bénéficiaires.

Peu à peu, je redessine un projet professionnel. Ma vie familiale, amicale m’apporte beaucoup. Bref, l’annonce d’un diagnostic de bipolarité n’est pas une fin, mais un outil pour progresser.