Poème d’Aberwood – Etre bipolaire

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« être bipolaire »

amberwood le Sam 10 Mar 2012

Être bipolaire,
c’est ne plus être soi,
c’est être deux parfois,
celui qui agit
sans se contrôler,
celui qui regarde
et qui ne comprend pas.

Être bipolaire,
c’est aussi partir
très loin dans sa tête,
inventer son histoire,
sortir de la réalité.
Être sûr que c’est l’autre
qui ne vous comprend pas.
Alors crier plus fort,
devenir agressif et parfois, violent.
Et puis le lendemain,
ne se souvenir de rien.

Être bipolaire,
c’est aussi s’envoler,
ne plus avoir de doute,
ne plus avoir de peur.
Être alors convaincu
qu’on peut tout réussir
jusqu’au plus grand projet,
jusqu’à sa déchéance.
C’est bouillir d’énergie,
ne plus la contrôler,
ne plus avoir besoin de dormir la nuit.
C’est parler bien plus vite,
c’est ne plus se comprendre;
ressentir l’énergie habiter votre corps,
vous sentir bien plus fort.
C’est ne pas supporter que les autres ne suivent pas,
qu’ils se fatiguent de vous,
et parfois, baissent les bras.

Être bipolaire,
c’est un jour pour rien,
tomber dans le néant,
et se mettre à pleurer,
ne plus aimer la vie.
C’est se réfugier
bien au chaud, dans son lit.
C’est rêver que le jour, demain,
ne se lève pas.
C’est repousser les gens,
même ses meilleurs amis.
Ne plus pouvoir sortir
de son nid, de chez soi,
et être persuadé
que le danger est là.
C’est avoir honte aussi
de ne plus pouvoir rien faire,
qu’on vous dise, tout le temps
de faire un petit effort.
Mais ce qu’ils ne savent pas,
c’est qu’à ces moments-là,
pour nous, à l’intérieur,
il n’y a plus rien à faire.

Être bipolaire,
c’est voir la vie qui passe,
et vous, qui, à côté,
n’en faites plus partie.
C’est l’envie d’en finir.
C’est ne plus supporter d’avoir mal, de souffrir
de ne plus se reconnaître.
D’avoir une impression
de double identité.
Et parfois même pire,
d’être vraiment habité.
De ne plus rien maîtriser,
de se faire mal, jusqu’où ?
ou de faire mal aux autres.

Être bipolaire,
c’est lâcher notre monde
et partir dans un autre
que l’on ne connaît pas.
Y voir même des êtres, des choses,
qui n’existent pas à vos yeux
ni aux nôtres d’ailleurs.
C’est avoir peur de ça.
C’est être en psychiatrie
pour rester protégé.
C’est reposer les autres,
ceux qui vivent avec nous.
C’est que l’on ne nous voit pas,
parce qu’on a honte de soi.
C’est la peur de sortir
et d’affronter le monde.
Nous demander sans cesse :
sommes-nous capables ou pas ?

Être bipolaire,
c’est la médication.
C’est essayer, sans relâche,
tant que ça ne marche pas.
Tant que l’on ne peut pas
reprendre une vie sereine.
Et c’est subir aussi,
les effets secondaires,
les tremblements, le flou,
ces moments, où
pour nous aider,
on est vraiment drogué !
Les moments de colère, de déni,
de dégoût, de fatigue, de doutes,
et puis de désespoir.
C’est quand on y croit plus
et qu’on appelle la mort
pour supporter la vie.
Qu’on se voit déjà mort
tellement et tellement,
qu’on a envie plus fort.

Et puis si un beau jour
à force d’essayer,
un peu comme un miracle,
on devenait alors, plus équilibré,
voire même stabilisé ?
Alors à ce moment il faut se retrouver,
non !
Bien plus que ça encore,
il faut se découvrir.
Et il faut accepter de vivre
sans envolées, sans ces moments
qu’on aime, ces vagues de folie.
C’est si paradoxal !
Que même moi
je l’avoue,
comprendre, j’ai du mal…
Il est si difficile de savoir
ce qui est bipolaire
ou fait partie de nous.
Il nous faut entreprendre
une longue route encore.
Se persuader
qu’on a sa propre identité.
Qu’on est quelqu’un,
malgré la bipolarité.

Amberwood